Les Lionceaux de l’Atlas : de la déception continentale à la gloire mondiale

Sport
lundi 27 octobre 2025
17:18
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Les Lionceaux de l’Atlas : de la déception continentale à la gloire mondiale
Basmae Mrani
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Historique : l'impossible n'est pas marocain, le Maroc sacré champion du monde U20 !

Le Maroc règne au sommet du football mondial. À Santiago au Chili, les Lionceaux de l’Atlas U20 ont dompté l’Argentine (2-0) pour offrir au Royaume son tout premier sacre mondial. Menés par un Yassir Zabiri décisif, double buteur, les protégés de Mohamed Ouahbi ont bouclé une campagne exceptionnelle, façonnée par une discipline stratégique, une solidarité sans faille, une équipe soudée, intrépide et un état d’esprit conquérant.

Le 19 octobre 2025 entre ainsi dans l’histoire du sport national. Un rêve longtemps caressé dans les enceintes de formation marocaines devient enfin réalité, consacrant ainsi une génération qui a choisi de ne plus savourer les qualifications, mais d’exiger les sacres. 

Cinq mois plutôt les Lionceaux de l’Atlas ont trébuché devant les marches du podium de la Coupe d’Afrique des Nations U20, un sacre continental qui semblait pourtant à la portée. Cette défaite, bien que douloureuse, a renforcé l’équipe, l’a rendue plus déterminée et animée par un même objectif : montrer que le Maroc pouvait viser plus haut. 

De la douleur d’une défaite continentale à la lumière d’un sacre mondial. Retour sur une épopée héroïque où le Maroc écrit enfin sa propre histoire.


La chute avant la gloire : l’échec formateur

« Pourquoi tombons-nous, Monsieur Bruce ? C’est pour mieux apprendre à nous relever. »
— Alfred Pennyworth, Batman Begins

Quelques mois avant le sacre, le 18 mai 2025 au Caire, le Maroc s’incline en finale de la CAN U20 face à l’Afrique du Sud (0-1). Une défaite amère, vécue comme une injustice par un groupe qui avait pourtant dominé la compétition. Ce revers, loin d’être une fin, sert d’électrochoc. Les regards se baissent et les larmes coulent. À leur retour, les joueurs savent qu’ils sont passés à côté d’un titre qui semblait leur tendre les bras. Ils découvrent que le talent seul ne suffit pas pour écrire l’Histoire.

Tout comme Bruce Wayne dans Batman Begin, les Hommes de Mohamed Ouahbi venaient d'échouer dans leur mission, celle de remporter la CAN U20. Mais dans cette douleur naît une flamme, une rage de vaincre.

Si derrière Batman se trouvait Pennyworth, derrière les Lionceaux de l’Atlas se trouvait Fouzi Lekjaa, Président de la FRMF, qui incarne le rôle du mentor déterminé à transformer l’échec en levier de progression. Le message est clair : il reste un trophée bien plus grand à cibler.

Dans l’ombre, il a su trouver les mots pour secouer les Lionceaux, dans leur tanière. 

Complexe Mohammed VI  : le discours du réveil

Deux jours après la finale perdue, le Complexe Mohammed VI devient le théâtre d’un moment fondateur. Le Président de la FRMF prend la parole devant l’ensemble du groupe, sans texte, sans filtre, avec une franchise qui marque les esprits. « Le public marocain s’attendait à mieux… » lance-t-il d’un ton ferme. Il rappelle que la culture de la gagne s’inculque très tôt, qu’un match amical ou officiel doit être abordé avec le même engagement, et que la formation d’un joueur ne se limite pas au développement technique mais inclut une exigence mentale permanente.

Son intervention transforme l’amertume en moteur collectif. La Coupe du Monde U20 n’est plus un objectif lointain. Elle devient le chapitre obligatoire d’une rédemption à accomplir au Chili. Une conviction s’installe : le Maroc ne bâtit pas une génération pour participer, mais pour s’imposer.


La Squad List : les 21 élus

Le 19 septembre, la liste des 21 joueurs retenus pour le Mondial est dévoilée. Elle témoigne de la montée en puissance du football de formation marocaine, où l’Académie Mohammed VI occupe une place centrale. La mission semble ambitieuse, presque déraisonnable, avant même le début de la compétition. Le tirage au sort vient enfoncer le clou et vient leur rappeler qu’un champion ne naît pas dans la facilité. Les Lionceaux hériteront du groupe le plus relevé du tournoi. La route s’annonce escarpée, presque irréaliste.

 

 

Le Groupe de la Mort : l’épreuve du feu

L’Espagne, le Brésil, le Mexique. Trois géants du football mondial. Trois montagnes calcaires à gravir. Trois tests pour mesurer la solidité d’un rêve. À l’annonce du tirage, les observateurs internationaux prédisent déjà la fin du rêve marocain. Les pronostics sont unanimes : la sortie de route sera rapide. Mais comme le disait Oncle Ben à Peter Parker dans Spider-Man : "Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités."

Et les Lionceaux de l'Atlas assument cette responsabilité. Le Onze national surprend immédiatement par sa maîtrise tactique, sa gestion des temps faibles et sa capacité à capitaliser sur chaque opportunité. L’entrée en matière face à l’Espagne (2-0) affirme une ambition assumée. Le succès contre le Brésil (2-1) confirme une montée en puissance et une maturité rare. La courte défaite face au Mexique (0-1) n’entrave en rien la qualification.

Le Maroc déjoue les pronostics et mènent à tort les observateurs du ballon rond, en terminant premier avec 6 points, devant le Mexique (5 pts) et l’Espagne (4 pts). Les Lionceaux filent en huitièmes. Une qualification taillée au scalpel, sans vacarme mais avec une précision chirurgicale. Un parcours discret, construit avec méthode et efficacité. 

À ce stade, le monde observe et découvre alors une équipe marocaine sûre d’elle, confiante et disciplinée. Un collectif habité par la mission, animé d’une foi inébranlable. Le Maroc fascine. La "victime du tirage au sort" devient alors le bourreau des géants. Le "groupe de la mort" devient le berceau de la renaissance.

Matchs à élimination directe (huitième, quart, demi-finale, finale) : Une Maîtrise tactique

« Pour vaincre la peur, tu dois te fondre en elle. »
— Batman Begins

En huitièmes, la République de Corée tombe (2-1). En quarts, les États-Unis butent à leur tour contre un bloc marocain intelligent et réaliste (3-1). Match après match, l’équipe révèle un mental d’acier et une capacité à gérer les événements qui rappelle les grandes nations. Plus qu’une belle aventure, les Lionceaux construisent une candidature légitime au trophée. Les intentions de jeu persistent, mais elles s’accompagnent désormais d’un sang-froid remarquable dans les moments décisifs.

 

France – Maroc : la revanche du destin

En demi-finale, le Maroc retrouve la France, dans un remake de la demi-finale de l'équipe A au Mondial de Qatar 2022. Les débats sont serrés, le suspense total. Après un score nul (1-1) jusqu’au bout des prolongations, le destin se scelle aux tirs au but grâce au portier marocain Hakim Mesbahi (5-4). Une victoire symbolique, majeure, qui ouvre la porte à la première finale mondiale de l’histoire du football marocain. L’Argentine, sextuple championne, se dresse comme l’ultime obstacle.

 

 

 

Maroc – Argentine : l'épreuve ultime

« Quand tu arrives en haut de la montagne, continue de grimper. »
— Proverbe tibétain

 

Les Lionceaux grimpent, encore et toujours, jusqu’en finale. Ils ne sont plus des outsiders. 

Le 19 octobre 2025, sous les lumières de Santiago, le Maroc réalise l’impensable. La jeune pépite de l'Académie Mohammed VI de football, Yassir Zabiri frappe une première fois, puis une deuxième, guidé par une promesse faite avant le tournoi à son club portugais : « Je reviendrai champion du monde, meilleur buteur et je serai l’attaquant à mon retour. » Parole tenue. Le Maroc remporte la Coupe du Monde U20, hisse son drapeau plus haut que jamais, et impose son football comme un modèle en pleine ascension. La presse internationale salue une victoire bâtie sur une stratégie claire et des investissements de long terme.

 

 

 

La vision royale : la jeunesse marocaine en pleine lumière

Dans un message empreint de fierté, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a salué le parcours héroïque des Lionceaux :

Nous saluons cette prouesse sportive, fruit du haut degré de confiance en vous-mêmes, de votre foi inébranlable en votre potentiel et talent, de l'esprit de cohésion et d'harmonie dont vous avez fait montre, ainsi que de votre superbe performance professionnelle tout au long de ce Mondial", a poursuivi le Souverain, notant que les membres de la sélection nationale ont dignement honoré leur pays et sa jeunesse, et l'ont représenté, ainsi que le continent africain, comme il se doit. — Message de Sa Majesté le Roi Mohammed VI 

Le Souverain rend non seulement hommage à une équipe, mais aussi à une vision : celle d’un Maroc qui croit en sa jeunesse.

Nous avons pleinement confiance dans le grand potentiel du sport marocain. Aussi, ne ménagerons-Nous aucun effort pour soutenir toutes les bonnes initiatives vouées à l'objectif suprême que nous nous sommes fixé, à savoir faire du sport marocain un modèle exemplaire et un facteur de cohésion sociale et de renforcement de notre rayonnement régional et international — Message de SM le Roi Mohammed VI adressé aux Assises nationales du sport en 2008.

Cette victoire matérialise une vision royale initiée depuis plus de 15  ans : faire du sport un levier de cohésion, d’excellence et de rayonnement. L’Académie Mohammed VI, qui a formé une grande partie de ce groupe, illustre parfaitement le succès d’un modèle marocain arrivé à maturité. Le Maroc ne se contente plus d’assister aux grandes compétitions. Il y joue les premiers rôles.

L’Académie Mohammed VI de football  : La clé du succès 

Ce succès est le fruit d’un travail structuré, d’une stratégie visionnaire et d’une génération exceptionnelle issue de l’Académie Mohammed VI de football — Fouzi Lekjaa, Président de la FRMF.

L’Académie Mohammed VI de football, incarnant la vision royale de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour un sport formateur et un encadrement professionnel de haut niveau, s’affirme aujourd’hui comme une référence mondiale en matière de formation.
Inaugurée en 2009 et renforcée après 2013 grâce au leadership clairvoyant du Souverain, l'Académie a permis de dénicher de jeunes talents, de développer leurs compétences et de les propulser vers de larges horizons.

4 joueurs de l’équipe championne du Monde au Chili, dont Yassir Zabiri, Fouad Zahouani, Houssam Essadak et Yassine Khalifi, en sont issus, témoignant de l’efficacité du modèle marocain de formation.

Projet Royal de renommée internationale, s’étendant sur 18 hectares et ayant mobilisé près de 140 MDH d’investissements, l’Académie vise à promouvoir le football national, à élever son niveau et à illustrer la Haute Bienveillance dont Sa Majesté le Roi entoure le sport dans le Royaume.

 

Mohamed Ouahbi : Le stratège discret 

Discret mais terriblement exigeant, Mohamed Ouahbi, a su transformer une génération de jeunes footballeurs en une équipe soudée, ambitieuse et rigoureuse avec une maîtrise affirmée et une efficacité remarquable.

Contrairement à de nombreux sélectionneurs, Ouahbi ou "Boss" comme le surnomme sa fille, n’a pas débuté sa carrière sur les terrains en tant que joueur avant de se tourner vers le métier d’entraîneur. Diplômé UEFA Pro et fort d’une solide formation académique en Belgique (Anderlecht), il a été convoqué en 2022 par la Fédération Royale Marocaine de Football pour diriger les U20 et relever un défi majeur : unir des talents venus d’académies marocaines et européennes et reconstruire une sélection compétitive.

« Zéro excuses, zéro reproches », telle est sa philosophie. Ses joueurs évoluent dans un cadre où ponctualité, respect et esprit collectif sont non négociables, ce qui se traduit sur le terrain par un football intelligent, fluide et contrôlé.

Le mot Maroc est la clé du succès… Les joueurs partagent un seul objectif : le Maroc, leur patrie, leur peuple, leur Roi. C’est ce qui les unit. On le voit à chaque match, à chaque course, à chaque contre-attaque. Ils font preuve d’une détermination inébranlable et ressentent le soutien de tout un pays.— Mohamed Ouahbi

 

 

Mais par-delà la tactique, Ouahbi incarne un leadership profondément humain. Persuadé que le Maroc est la clé de chaque réussite, il insiste sur l’importance du sentiment d’appartenance. Il voit dans cette force un héritage direct de l’esprit de 2022 initié par Walid Regragui, qu’il cite souvent comme inspiration. 


Ce que Regragui a réalisé avec l’équipe A lors du Mondial 2022 au Qatar a ouvert la voie à toute une génération d’entraîneurs marocains. Il a brisé un plafond de verre. — Mohamed Ouahbi

Calme, lucide et humble, il rappelle sans cesse qu’« un joueur se forme autant comme athlète que comme citoyen ». Une vision qui a façonné cette génération victorieuse et fière de représenter le Royaume.


 

Le Maroc en liesse

De Tanger à Lagouira, du Nord au Sud, la joie éclate. Les rues s’illuminent, les drapeaux se multiplient, les chants résonnent. La diaspora communie également, preuve que ce titre dépasse le cadre sportif. Il symbolise la place grandissante du Maroc sur la scène internationale, sportive.

 

Les supporters : Le joueur N° 12

Qu’ils évoluent au Qatar, au Chili, sur Mars ou au plus profond des océans, l'équipe nationale peut toujours compter sur le soutien indéfectible des supporters marocains, prêts à tout pour les encourager. Ce soutien se fait sentir et pousse nos joueurs à se surpasser, à toujours donner le meilleur d’eux-mêmes, souligne le sélectionneur de l’équipe nationale des moins de 20 ans, se réjouissant même de l’admiration des coachs adverses.

 

« On fête les victoires » : l’ère du Maroc conquérant

« On n’est plus le Maroc qui fête la qualification. On fête les victoires. » — Fouzi Lekjaa

Cette phrase résume la transformation en cours. Elle marque une rupture historique dans la mentalité sportive nationale. Le football marocain bascule dans un nouveau récit : celui de l’ambition assumée, de la performance recherchée, de la victoire possible.


La consécration finale : retour triomphal au pays

Le 22 octobre, sur Hautes Instructions Royales, une cérémonie est organisée au Palais Royal. Le Prince Héritier Moulay El Hassan accueille les champions du monde à Rabat, une cérémonie offerte par le Souverain en l’honneur des membres de l’Équipe nationale de football des moins de 20 ans. Un hommage à la jeunesse, au travail et à l’ambition.

 

Dans les rues de la capitale, un accueil populaire immense couronne leur retour. Les héros sont célébrés à la hauteur de leur exploit. Un océan de rouge et de vert acclame les champions du monde.« Siiir ! Siiir ! »« Dima Maghrib ! ». Rabat scintille comme un joyau couronné de lumière.

 

Cinq mois seulement après une finale continentale perdue, les Lionceaux s’érigent en légende. Ils ont prouvé que les héros ne vivent pas seulement dans les récits imaginaires. Ils vivent de Tanger à Lagouira, Ils ne portent pas de capes. Mais un maillot rouge, un cœur vert, et un rêve infini. Une parabole parfaite de résilience et d’exigence.

Les Lionceaux de l’Atlas et le Maestro Mohamed Ouahbi ont changé la narration. Ils ont prouvé que le Maroc ne s’incline plus face à l’Histoire. Il l’écrit. Leur victoire est un repère, un signal fort envoyé à toute une génération : la réussite n’est plus un idéal lointain. Elle se construit, se prépare, se mérite. Et désormais, elle se conquiert.